CONTES & DESSINS

NATIVITÉ

Il est là, très fatigué. Un peu immobile. Avec son corps carbonisé. Et le lait qui s’écoule sur ses petites jambes informes. Il fait peur. Sauf à la petite fille. Angoisse des autres lorsqu’ils le regardent. A moitié mort.
Pourtant, un éclair de vie le transperce. Malgré son état tétanisé. Mort né. Pas tout à fait. Il regarde autour de lui. Même s’il ne peut pas bouger.
C’est un bébé. Malgré son court temps de vie, il a beaucoup souffert. Avec une mère agitée. Elle n’a pas pu le protéger. On ne sait pas s’il a été brûlé dans le ventre de sa mère, ou lors de sa venue au monde.
Il fait peur.
Pourtant, il est un bébé. Il a besoin que l’on s’occupe de lui. Mais comme les gens ne savent pas s’il est vivant ou mort, on le regarde, on le fuit, puis on l’oublie…
Où est sa mère ? Personne ne sait. La petite fille le regarde souvent. Elle n’a pas peur. Elle le caresse. Elle le considère comme un vivant. C’est la seule.
Posé sur une table basse, il attend. Un destinataire. Il a peur d’être séparé de la petite fille. Que ses jambes prennent feu comme son corps. Disparition des croûtes de lait protectrices. Et de la mère. On ne sait pas où elle est. Il reste la petite fille.

Héra…
La menteuse qui cache bien son jeu !

Qui connaît la véritable histoire de Héra ? Personne ! Non ! Personne ! Ni Jean-Pierre Vernant, ni Muriel Szac, ni Serge Boimare ou les instituteurs qui utilisent la mythologie grecque à des fins pédagogiques…

Oui, il n’y a que moi, Héra, la femme du grand Zeus, dieu de l’Olympe, bien dupé, qui sache la vérité sur ma propre histoire…

Ma mère, Rhéa, a perdu ses enfants, dévorés par Cronos, son terrible mari. Elle en était triste et désespérée. Lors de la naissance de la petite Héra, il ne l’avala pas toute crue, mais avec ses dents aiguisées la croqua en morceaux avant de l’avaler. Même à l’intérieur du ventre de son père Cronos, elle n’avait aucune chance de survie. La servante d’Héra, qui avait accouché en secret d’une petite fille adultérine qu’il fallait cachée, lui donna sa fille. Accueillant le cadeau, elle fut reconfiée à la servante, officiellement, devant son mari, le cocher de Cronos, qui n’en était pas le père.

A peine née, j’étais donc entourée de deux mamans et d’un tissu sinueux de mensonges, dont le secret a toujours été bien gardé par le lien fort qui unissait ces deux femmes, liées par une commune maternité. C’est pourquoi j’aime mentir, j’ai tellement besoin de mentir, si je ne me mens pas à moi-même sans en avoir conscience …

Alors là, je viens de plaquer Zeus et toute sa descendance dégénérée et illégitime, qu’il gère tant bien que mal. Assez d’être une épouse humiliée ! Je me suis enfuie. Cachée dans une petite école de province, je suis devenue institutrice. L’absence de bon sens du réel me fait parfois défaut : lunettes qui me tombent sur le nez, oreilles mal cicatrisées, bottes en caoutchouc (j’ai piqué l’idée chez les mamans de mes élèves). Enfin ! Je suis heureuse dans ma nouvelle vie ! J’essaie de tendre ma grande oreille pour essayer d’entendre les autres (en tant qu’institutrice, c’est obligatoire avec les élèves…). Mais c’est trop confus…je ne comprends rien ! Je vais commencer par essayer de m’entendre moi-même avec ma petite oreille violette, que le chirurgien a essayé de relier à mon intériorité.

Bon, je vous dis au revoir, car je dois aller travailler.

           

A bientôt.

 

Héra.

CRONOS dans la cuisine de RHEA

Cronos s’élance et attaque Rhéa pour dévorer à nouveau sa dernière petite fille. Rhéa la protège et lui lance des flèches avec son arc. Une flèche vient de passer près de sa tête. Il semble, mais nous n’en sommes pas sûrs, qu’elle l’ait peut-être touché.
Dans cette petite cuisine aux carreaux ébréchés, Rhéa s’était réfugié avec sa fille pour se cacher. La petite fille n’a pas peur. Elle a confiance en sa mère courageuse. Elle sort sa tête craintivement pour observer ce qui se passe. Et observer ce père dévorateur dont sa mère a si peur.
Cronos a blessé Rhéa au mollet avec un carreau de faïence qui s’est brisé. Le sang de la mère se mêle aux failles de ces murs abimés. Elle a peur de perdre son enveloppe si fragile, dans ce moment d’angoisse, dont l’action la protège pour l’instant.

Le ROCKEUR

C’est un rockeur frustré, qui n’est pas devenu une star. Pour se consoler de son manque de succès, il est parti vivre dans l’espace et est devenu chasseur d’étoiles. Avec son filet, emprunté à sa grand-mère qui s’en servait pour ses courses, il pourchasse les étoiles. Quand il en attrape une, c’est l’explosion intérieure, la jouissance, le flash, comme s’il avait pris de l’héroïne. Alors l’espace s’illumine autour de lui et le rockeur entame une danse passionnée et frénétique. Quand il descend, revient à lui, il se recroqueville dans sa coquille intérieure, comme un drogué qui commence à sentir le manque. Car il se sent un peu coupable : à chaque fois qu’il attrape une étoile, qui se transforme en rock illuminé, celle-ci est détruite à jamais et disparaît pour l’éternité de l’immensité de l’espace. Elle reste tatouée sur sa peau. Alors il essaie de réintégrer l’intérieur de lui-même. Il rêve d’une chambre vide, avec juste un lit, une chaise, une petite table avec un verre d’eau, dans un décor très simple. Si tout ce qui l’envahit pouvait être à l’extérieur de sa tête…

Un jour, le rockeur se résigne. Il se sent moins frustré. Avec son corps qui a pris l’apparence d’une carapace de tortue, il redescend sur Terre, décidé à rejoindre la compagnie des hommes. Les étoiles, habituées à cet individu original, entament un rock frénétique qui illumine l’espace. Sans le savoir, le rockeur qui les a quittées, a laissé une trace de lui-même dans cet espace infini.

La guerrière blonde africaine

Elle s’est construite à l’africaine. Les anneaux empilés les uns au-dessus des autres de son long et magnifique cou en sont la preuve. Elle combat les diables de l’enfer. Elle rit derrière son bandeau de bandit, qui lui couvre la bouche. Peut-être pour faire peur aux autres, peut-être pour se cacher un peu elle-même. Elle a une peau fine, mais ses muscles très développés lui font office de peau et la protègent. En tout cas, c’est ce dont elle essaie de se convaincre … Avec son regard direct et rouge, trace de son origine commune avec les diables qu’elle combat. Avec son sourire affirmé caché sous son foulard. Malgré les légères flammes de l’enfer qui ont réussi en dépit de sa vigilance à pénétrer son corps. Elle pose victorieusement en gonflant ses muscles. Son cache-sexe inspiré du Héros Superman laisse deviner une petite pointe d’autodérision et d’humour dans le sérieux des combats et missions qu’elle s’est donnée.

 

Une chose est sûre, gare aux méchants :
ELLE NE SE LAISSERA PAS FAIRE !

Le FOETUS PUNK

Texte en cours ...

LA PEAU DE LA GITANE

Je me suis dit

Je viens d’une autre galaxie

Peuplée de miroirs vides

Aux fantômes sourds et hurlants

Ils m’ont dit

Si tes mots sont la folie

Tes pensées une tragédie

Quel est le sens de la vie ?
suite

Le PETIT CHAPERON ROUGE

Le petit chaperon rouge cherche son chemin pour fuir le loup qui le pourchasse. Sa tête est rouge, avec son nom bien inscrit dedans, mais elle a mis une cape bleue pour tromper le loup. Les sentiers sont difficiles : les chemins sont tracés, disparaissent, et parfois réapparaissent, mais un peu plus loin. Le loup, comme le taureau avec la cape rouge du toréador, a pris un leurre rouge pour sa proie et essaie de l’avaler dans sa gueule ouverte. Mais le chemin qui mène la petite fille au loup est droit et court. Le loup a repéré l’esquive de la petite fille et décolle son œil de robot pour visualiser précisément sa proie toute proche. La petite fille sera peut-être sauvée, car un appel d’air chaud l’emporte loin du loup, dans le ciel…

Le jour où j'ai accouché de moi-même

Les contractions durent depuis neuf jours… ça fait mal les contractions… aie…aie…aie… les médecins qui regardent cela d’un air amusé, ne se rendant pas compte parfois des complications possibles, sont partis de l’hôpital intérieur de la maman, après avoir vérifié sous son insistance, et réalisme (la péridurale était nécessaire car le médecin qui accompagne la maman dans cet acte difficile a complètement oublié les douleurs de son propre enfantement). Personne n’est inquiet, sauf les copines qui sont tombées enceintes.

            C’est-à-dire qu’après tout la maman et les copines inquiètes ont de quoi s’inquiéter : la gestation a duré 30 ans (soit 3 fois plus que la moyenne) et n’a pas été d’une sérénité à toutes épreuves (ça s’est surtout la maman qui s’en souvient. Les médecins sont toujours trop sûrs d’eux-mêmes et visiblement ont beaucoup investis la distance thérapeutique. Ont-ils oublié vraiment leur propre gestation ?).

            Bah voilà ! pas de quoi en faire un drame comme dit la sage femme ! le bébé est sorti tout seul sans que la maman s’en aperçoive vraiment tout de suite. Quelle déception ! C’est si facile !

            C’est-à-dire que la maman a d’immenses talents artistiques qui permettent à ses thérapeutes en un regard d’un dessin ou d’une sculpture de gagner beaucoup de temps et leur permettre de rentrer tranquille chez eux en ne s’inquiétant pas trop de la suite. Les interprétations et sourires des médecins laissent souvent la maman perplexe. Alors cette fois ci, ils l’ont vu et se sont sans doute dit : « Purée ! C’est pas trop tôt !». C’est que la sage femme et la maman ont été très patientes toutes les deux pour mener cette grossesse à terme dans de bonnes conditions. 30 ans, c’est long. Le compagnon de la maman s’est un peu inquiété pendant les contractions et a fini par conclure que la maman serait sans doute plus sereine (et il faut le dire tout bas, moins chiante) une fois qu’elle aurait vu de ses propres yeux le beau bébé qu’elle a enfanté. Donc il est lui aussi parti se coucher.

            Faut-il décrire ce bébé, raconter toute son histoire noir sur blanc sur papier ? Je ne crois pas. Il fallait juste que la maman accepte d’accoucher. Qu’elle renonce à être enfanté par ses parents handicapés, qui en sont bien incapables. Les paroles, qui blessaient tant Métallicor dans la guerre sonore où il vivait, paraissent bien moins inquiétantes à la maman. Le radar pour sons dangereux va sans doute pouvoir perdre un peu de sa vigilance de traumatisé de guerre.

            Ce bébé, c’est vrai, il est bien beau, avec ses défauts et ses qualités que l’on peut deviner d’avance (30 ans, 30 ans …). Il a dû prendre un côté guerrier car la maman avait mis 3 couches de poches utérines avec liquide amniotique pour bien le protéger. Il a bien manifesté sa colère cette semaine pour enfin sortir malgré la peur de la maman un peu à l’ouest, et un peu destructurée (enfin j’espère qu’après son accouchement elle va enfin pouvoir abandonner cette image d’elle-même qui sert de contraceptif à l’ensemble de sa famille).

 

Bonne nuit à tous. Je crois qu’il n’y aura pas trop besoin de soins post accouchement (à l’hôpital du moins). J’attends bien entendue toute vos félicitations pour cette heureuse (et inespérée) naissance. C’est une fille. J’espère que le ventre gonflé de la maman va enfin pouvoir retrouver une forme normale.

Mélancolie

Mélancolie est sombre, intérieure. Elle ne se livre pas. Sa blessure noire est très peu visible, cachée dans un creux de son corps. Mélancolie est en terre cuite.

Un jour, son créateur la recrée en bronze : elle est plus tourmentée, ses blessures sont béantes et visibles… mais cicatrisées. Peut-être qu’elles font encore mal, mais plus pour longtemps.

A-t-elle succombé à ses plaies ? Le double féminin du rockeur a fini par mourir et rejoindre ses traces (du rockeur) dans l’espace. Elle a pris les couleurs de celui-ci : argent, or et bleu avec mille nuances. Oui ! Mélancolie est morte ! Nous gardons sa trace dans nos mémoires. Et quand nous nous penchons un peu de manière attentive la nuit vers le ciel…