CONTES & DESSINS

Il est là, très fatigué. Un peu immobile. Avec son corps carbonisé. Et le lait qui s’écoule sur ses petites jambes informes. Il fait peur. Sauf à la petite fille. Angoisse des autres lorsqu’ils le regardent. A moitié mort.
Pourtant, un éclair de vie le transperce. Malgré son état tétanisé. Mort né. Pas tout à fait. Il regarde autour de lui. Même s’il ne peut pas bouger.
C’est un bébé. Malgré son court temps de vie, il a beaucoup souffert. Avec une mère agitée. Elle n’a pas pu le protéger. On ne sait pas s’il a été brûlé dans le ventre de sa mère, ou lors de sa venue au monde.
Il fait peur.
Pourtant, il est un bébé. Il a besoin que l’on s’occupe de lui. Mais comme les gens ne savent pas s’il est vivant ou mort, on le regarde, on le fuit, puis on l’oublie…
Où est sa mère ? Personne ne sait. La petite fille le regarde souvent. Elle n’a pas peur. Elle le caresse. Elle le considère comme un vivant. C’est la seule.
Posé sur une table basse, il attend. Un destinataire. Il a peur d’être séparé de la petite fille. Que ses jambes prennent feu comme son corps. Disparition des croûtes de lait protectrices. Et de la mère. On ne sait pas où elle est. Il reste la petite fille.

NATIVITÉ

Cronos s’élance et attaque Rhéa pour dévorer à nouveau sa dernière petite fille. Rhéa la protège et lui lance des flèches avec son arc. Une flèche vient de passer près de sa tête. Il semble, mais nous n’en sommes pas sûrs, qu’elle l’ait peut-être touché.
Dans cette petite cuisine aux carreaux ébréchés, Rhéa s’était réfugié avec sa fille pour se cacher. La petite fille n’a pas peur. Elle a confiance en sa mère courageuse. Elle sort sa tête craintivement pour observer ce qui se passe. Et observer ce père dévorateur dont sa mère a si peur.
Cronos a blessé Rhéa au mollet avec un carreau de faïence qui s’est brisé. Le sang de la mère se mêle aux failles de ces murs abimés. Elle a peur de perdre son enveloppe si fragile, dans ce moment d’angoisse, dont l’action la protège pour l’instant.

CRONOS DANS LA CUISINE DE RHEA

Je me suis dit

Je viens d’une autre galaxie

Peuplée de miroirs vides

Aux fantômes sourds et hurlants

Ils m’ont dit

Si tes mots sont la folie

Tes pensées une tragédie

Quel est le sens de la vie ?
suite

LA PEAU DE LA GITANE

Le petit chaperon rouge cherche son chemin pour fuir le loup qui le pourchasse. Sa tête est rouge, avec son nom bien inscrit dedans, mais elle a mis une cape bleue pour tromper le loup. Les sentiers sont difficiles : les chemins sont tracés, disparaissent, et parfois réapparaissent, mais un peu plus loin. Le loup, comme le taureau avec la cape rouge du toréador, a pris un leurre rouge pour sa proie et essaie de l’avaler dans sa gueule ouverte. Mais le chemin qui mène la petite fille au loup est droit et court. Le loup a repéré l’esquive de la petite fille et décolle son œil de robot pour visualiser précisément sa proie toute proche. La petite fille sera peut-être sauvée, car un appel d’air chaud l’emporte loin du loup, dans le ciel…

LE PETIT CHAPERON ROUGE

Conception et photographies © Marie Docher

Violaine Boisivon, Paris, France : contact mail